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Témoignages de bénévoles

Extraits des textes prononcés le 13 novembre 2007 à l’occasion du 25ème anniversaire de Domilys.


Premier témoignage

… « Dans l’accompagnement en fin de vie, je suis chaque fois étonnée combien les personnes nous font d’entrée confiance, à moi qu’ils ne connaissent pas ; nous parlent de ce qu’ils sont, de leurs soucis et peurs. Ils n’ont pas le temps pour des futilités, ils vont à l’essentiel, ils sont authentiques. La médecine a fait beaucoup de progrès, l’accompagnement n’est plus toujours en « fin de vie » mais aussi pour une période de crise dans la maladie.


Il y a une quinzaine d’années, la coordinatrice m’a parlé d’une femme en crise. En l’écoutant me parler de la malade, sans la nommer, j’ai eu le souvenir d’une dame de plus de 80 ans que j’avais accompagnée. Elle avait une fille qui  ressemblait à la personne que la coordinatrice me présentait.

Je l’ai priée de vérifier et d’avertir la personne.

A elle de décider si elle était d’accord que je l’accompagne elle aussi. Elle était enchantée et nous avons fait un bout de chemin ensemble. Elle est en rémission et me téléphone de loin en loin pour me donner des nouvelles.

Un jour, j’ai accompagné un homme de 20 ans environ. Il était fâché contre moi. « J’ai envie d’aller à Annecy dire au revoir aux amis, ma voiture est là, sous la maison et vous ne savez même pas conduire ! »

Nous étions une famille sans voiture. En rentrant chez moi, dans le tram, j’ai pensé à ses paroles. Il avait raison, un permis de conduire pouvait aussi servir à ça. J’ai appris à conduire, moi pour qui une voiture était constituée de 4 roues, une carrosserie, des sièges et un volant.

Domilys mène aussi à ça.

Les présences chez les personnes malades ne sont pas toujours meublées de paroles. Il y a des moments de silence, parfois longs, pour un manque de souffle ou parce que la maladie rend la parole trop difficile, voire impossible. Se tenir à côté de la personne ou dans la pièce à côté fait aussi partie d’accompagner. Le silence ne me pose pas de problème.

25 ans Domilys, c’est aussi mes 25 ans, c’est une belle expérience et un bon moment pour boucler la boucle. Je prends ma retraite ! »…


Thérèse

Deuxième témoignage

… « Mon propos est d’illustrer, autant que possible, la relation accompagné-accompagnant en vous donnant quelques exemples tirés de mon expérience personnelle. Ne vous attendez pas à quelque chose de sensationnel ou même d’exceptionnel. Je vais me contenter de vous présenter quelques instants particuliers, des moments partagés. C’est, modestement, un éclairage sur trois situations vécues.


Malgré son nom de Domilys, les accompagnements réalisés ne se passent pas exclusivement à domicile. J’ai, par un jour froid de mi-novembre effectué une sortie à pied avec un homme atteint d’une tumeur au cerveau. Lui se trouvait dans son quartier où il habitait depuis très longtemps. Quant à moi, cette partie de Genève m’était inconnue. Il a choisi l’itinéraire et nous avons cheminé côte à côte sur une longue distance. La marche se faisant de plus en plus difficile… on a visé un appui pour se reposer… un petit siège éventuel… Nous sommes arrivés dans un centre commercial dont le sigle est un M, comme Migros. Le retour a pied n’était pas envisageable !

On ne pouvait pas refaire 1,5 km à pied ensemble. J’ai donc confié mon compagnon au service d’accueil où il devait sagement m’attendre confortablement assis. Rapidement, je suis allé chercher ma voiture pour rentrer au domicile. A mon retour au magasin quelle ne fût pas ma surprise de retrouver mon compagnon, toujours assis, mais avec un bouquet de fleurs sur les genoux. Bouquet d’œillets acheté pendant mon absence et destiné à son épouse. Quelle merveilleuse attention !


Autre exemple, une sortie aussi, mais avec une accompagnée souffrant d’un cancer qui l’envahissait et une proche parente. C’est mi-mai, le temps est magnifique, la journée est remplie de soleil, la température agréable. Nous sommes partis à trois pour atteindre les bords de l’Arve, au delà du Bout-du-Monde ! Ambiance champêtre, nous entendions les moutons à proximité. Pleine confiance entre nous avec des propos échangés en liberté et  en toute simplicité mais aussi en pleine vérité. Je suis persuadé que cette dernière sortie a été pour tous les trois un cadeau à conserver précieusement.


Encore une promenade, en hiver. Mon accompagné et moi étions bras dessus, bras dessous. Le hasard du chemin nous a fait croiser un grand bâtiment recouvert de verre. Une vitrine reflétait une seule masse où on ne pouvait pas distinguer quel était l’accompagné ni quel était l’accompagnant. Qui accompagne qui ? La question reste ouverte.


Dernier point, et sans que cela ne soit lié à une personne particulière. J’aimerais souligner l’importance du silence dans nos accompagnements. Plus d’une fois, je me suis trouvé dans l’impossibilité de communiquer par la parole avec un malade. Que « faire » dans un tel cas ? Il n’y a vraisemblablement pas d’action. Que « dire » alors ? pas grand chose. Il ne reste qu’à  « être », assurer une présence aimante, entourer la personne ou simplement « être une présence silencieuse ». Phrase qui ne peut pas être reniée par Madame Rosette Poletti, ni par Titeuf qui figure dans certains de ses écrits.


Pour terminer ce témoignage, j’aimerais vous présenter un témoin, un vrai témoin. Dans ma jeunesse, il était en bois, maintenant on le fabrique en métal léger. Mais son usage reste le même, lors d’une course à pied on passe le témoin d’un coureur à l’autre.

Passage bref dans le temps. Courte partie d’une histoire commune. Mais étape importante. Une première main le tient, puis deux pour poursuivre avec une autre main. C’est, pour moi, une belle image de binôme, accompagné-accompagnant. Je vous laisse méditer ce symbole réaliste» …


Bernard

Troisième témoignage

« On ne fait bien que ce que l’on fait avec PLAISIR et en cohérence avec soi-même » (R.Poletti).


On me dit souvent : « Qu’est-ce qui te motive à accompagner des malades et même des malades en fin de vie ? Cela doit être triste, déprimant et bien sombre. En tous cas, moi, je ne pourrais jamais faire ça ! »
Et je devine, dans la tête de mon questionneur, le commentaire : ne serait-ce pas pour te dédouaner de toutes sortes de culpabilités, te faire une bonne conscience ?
Et bien, non ! Si, dans un premier temps, l’idée de m’engager dans le cadre de Domilys a bien correspondu au fameux besoin de donner  cher à mon éducation sociale et religieuse, je me suis vite aperçue que l’accompagnant recevait autant que l’accompagné.

Voilà comment je le vis et ce que je reçois :
Au delà de la confiance qui m’est accordée, premier et inestimable cadeau dont on a déjà parlé, je ressens les bienfaits de l’écoute : formée dans le groupe de Domilys, j’ai appris à faire le vide en moi, à éliminer le va-et- vient continuel de mes pensées qui habitent ma tête à plein temps. Ainsi mon attention va entièrement vers la personne accompagnée qui a besoin de s’exprimer et d’être entendue. Croyez-vous que j’en sorte envahie ? Non, même si je garde son récit en mémoire, mon esprit a eu le temps de prendre des vacances. Coupé de mes soucis quotidiens, il bénéficie souvent d’un recul bienvenu.
Mais bien plus que cela, accompagner m’offre une occasion inédite de voyager. Voyager sur place, sans avion ni train. Car, attendue par quelqu’un qui a désiré me recevoir à Genève, je suis accueillie au sein de cultures chaque fois différentes. Je découvre d’autres modes de vie, d’autres croyances, d’autres réactions, d’autres décors. J’ai ainsi accompagné un Algérien, une Tunisienne, une Française, des Suisses et même quelques Genevois…
Je voyage aussi dans l’échelle sociale, du plus pauvre au plus riche, rencontrant des situations que je n’aurais jamais imaginées ni même soupçonnées entre dénuement et opulence, oui même à Genève.
Je voyage encore parmi les âges de la vie : une toute petite fille et sa maman, un adolescent, une jeune mère de famille, une mère de quatre enfants, des adultes solitaires ou en couple, des personnes âgées aussi, tous confrontés à la maladie, mais chacun avec sa propre réponse originale.
Tout cela, c’est voyager au cœur de la condition humaine. C’est mon privilège d’en avoir une connaissance vécue, partagée avec des êtres humains vivants.
C’est bien plus que de regarder un documentaire, même excellent, à la télévision. Pénétrer un milieu qui n’est pas le mien, c’est ouvrir ma conscience, changer mon regard, combattre mes préjugés, élargir mon horizon.

Enfin, cerise sur le gâteau, faire partie du groupe de Domilys, c’est voyager avec une assurance, peut-être pas tous risques, mais l’assurance d’être efficacement encadrée, de pouvoir compter sur nos coordinatrices et mes collègues bénévoles pour clarifier mes doutes et décharger ce qui serait trop lourd à porter seule. Chaque quinzaine une supervison nous réunit… Là aussi la confiance est totale, le soutien indéfectible.

Alors, qui donne quoi ?
Qui reçoit quoi ?     
A votre avis ?
 

Yseut,  † le 12 mars 2008